Corruption (*) dans le pays des Sassou Nguesso

A Brazzaville, la corruption est l’apanage des aventuriers et escrocs en tous genres. Népotisme, passe-droits, détournements quotidiens, cadeaux et privilèges gangrènent l’administration du pays de là tête jusqu’à la base. Que reste-t-il des promesses faites par le président Nguesso lors de son discours d’investiture ?

Sassou Nguesso lors de son discours d'investiture en avril 2016

La corruption, une tradition aussi vieille que le monde

La corruption (*) est aussi vieille que le monde. Depuis toujours, elle est le principal obstacle au développement économique et social dans le monde. Cependant, elle affecte bien plus les pays pauvres en détournant des fonds essentiels et indispensables à l’éducation, à la santé, à l’accès à l’eau potable, à l’électricité, à l’assainissement des villes et au logement social … elle menace les fondements des nations, première cause de l’évaporation de l’argent public, de création de pauvreté et d’amplification des mauvais comportements. Elle empêche le développement économique et dissuade les investisseurs étrangers, face au coût plus élevé de leur activité, elle perturbe les bailleurs de fonds publics qui hésitent de plus en plus à apporter une aide financière à des pays qui gèrent mal leurs propres ressources.

Restent les aventuriers et les escrocs en tous genres.

Quand la corruption domine au pays des Sassou Nguesso

La corruption nuit à l’état de droit et entraîne un gaspillage à tous les niveaux.

La corruption des fonctionnaires constitue une entrave majeure à la capacité du gouvernement à satisfaire les besoins fondamentaux des citoyens.

La corruption fragilise également les structures de sûreté et de sécurité telles que les services de police, de gendarmerie et de justice.

Lorsque l’attribution des postes ne relève pas du mérite mais des relations familiales (népotisme) ou d’amitiés, des passes droits, ce sont des perspectives qui se ferment. Pour les pauvres, les gens sans relations bien placées, la corruption se traduit par un accès encore plus difficile à l’emploi.

La tradition d’hospitalité et de générosité africaine, recevoir une personne, offrir un cadeau est un symbole fort et un signe de considération, de respect, sans attendre quelque chose en retour. Sa valeur est dans l’esprit de donner, non dans sa valeur matérielle. Le don est fait ouvertement, jamais dans le secret. Lorsqu’il est excessif, il suscite de l’embarras et est même rendu au donneur. C’est ainsi que cela se passait au village autrefois, lorsque les congolais avait encore le sens des valeurs.

La corruption a perverti les aspects positifs de cette vieille tradition.

Désormais, la corruption met de plus en plus en péril la paix et la sécurité du Congo, donne de ce beau pays une image désastreuse dans le monde entier, fait des congolais la risée des milieux politiques et médiatiques occidentaux et créé des jalousies au sein même des familles corrompues !

On atteint le sommet de la perversion : le choix même des priorités – et donc des projets – est déterminé par la corruption !!

Que reste-t-il aux Congolais ?

Voici un pays qui s’est endetté pour réaliser des projets qui ne répondent pas à ses priorités réelles, urgentes, voire des projets économiquement inutiles ou absurdes, un pays qui voit sa dette augmenter de plus de 40% en deux ans … Dans le débat sur la dette, on parle rarement des mécanismes qui l’ont provoquée.

En détournant les rares ressources vers des domaines non prioritaires ou de moindre priorité, la corruption contribue pour une large part à ce que les besoins fondamentaux – alimentation, santé, éducation – restent insatisfaits. Elle est donc l’une des causes du sous-développement et de la pauvreté.

Ces derniers mois, alors que la chute du cours du baril de pétrole nécessite un changement profond d’attitude et une prise de conscience, c’est au contraire la multiplication des affaires de détournements de fonds publics et d’abus de biens sociaux, la recherche du gain facile qui provoque le déclin du règne de Sassou. Rien n’est plus destructeur pour une société que la course vers “l’argent facile et rapide” qui fait apparaître ceux qui travaillent honnêtement et durement comme des imbéciles naïfs.

Bien loin des promesses d’investiture du président Nguesso

Rappelons-nous de quelques-unes des paroles du président Sassou lors de son discours d’investiture en 2016, qui avait suscité tellement d’enthousiasme auprès des parlementaires présents dans la salle du palais des congrès :

« A compter d’aujourd’hui, créons la rupture avec les mentalités déviantes et les comportements pervers du passé : la paresse, le laxisme, l’irresponsabilité, l’inconscience, la corruption, la fraude, la concussion, l’ethnocentrisme ou l’instinct grégaire, le népotisme et la tendance à la gabegie.

A compter d’aujourd’hui, renouons tous avec l’esprit du travail, de la rigueur, de la discipline, de la responsabilité, de la probité, de l’unité nationale, du respect de la chose publique et de l’amour de la patrie.

A la rentrée scolaire prochaine, ces valeurs qui procèdent de l’éthique républicaine seront enseignées dans toutes les écoles de la République.

Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle société. Chaque jour qui passe, chacun de nous doit en donner la preuve. J’y veillerai. »

Qu’en est-il devenu dans la réalité d’aujourd’hui, de ce beau discours, deux ans après ?

« Vous avez dit corruption ? » De la poudre aux yeux

Afin de détourner l’attention, on jette à la vindicte populaire des noms, quelques malheureux qui ne comprennent pas pourquoi ils sont subitement salis sans s’attaquer aux vrais fauteurs de troubles, aux vrais coupables. On détourne soigneusement l’attention mais personne n’est dupe.

Cette évolution depuis deux ans ne peut laisser indifférents ceux qui s’occupent et se préoccupent du développement du Congo.

Soyons vigilants.

 

(*) Définition :  « abus de pouvoir public à des fins personnelles ». Voir la Convention des Nations Unies contre la corruption sur le site officiel des Nations Unies.

 

Voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *